"Intangible richesse"

"La Banque mondiale propose une autre mesure du développement"

"Le produit intérieur brut peut-il encore vraiment constituer le principal outil de mesure de la richesse des pays ? La question intéresse les grands acteurs de l'économie mondiale. La preuve, avec cette parution de la Banque mondiale, dirigée par Kirk Hamilton, un économiste spécialiste de l'environnement, qui résume près d'une dizaine d'années de recherche sur le calcul de la richesse. « Celle-ci est entendue au sens des économistes classiques, qui considéraient la terre, le travail et le capital comme les principaux facteurs de production », lit-on dans l'introduction. Un retour aux classiques ? Pas tout à fait.

Le travail présenté dans cet ouvrage est original à au moins deux titres. D'abord, parce qu'il tente de chiffrer au plus près deux variables qui n'entrent pas encore dans les comptabilités nationales : le capital naturel ou environnemental et le capital humain. Ensuite, parce qu'il permet des comparaisons internationales sur un grand nombre de pays.

La première moitié du livre est consacrée à la présentation d'un modèle économique simple. Chaque pays gère un portefeuille de trois actifs : le capital produit ; le capital naturel, et le capital « intangible », c'est-à-dire les conditions favorables au développement telles que la qualité des institutions, la gouvernance ou le capital humain.

L'étude montre que le capital intangible constitue l'essentiel de la richesse, mesurée comme la consommation future sur une génération (vingt-cinq ans). Ce capital - 59 % de la richesse totale dans les pays pauvres et jusqu'à 80 % dans les pays riches - a été jusqu'à présent largement sous-évalué. Il en va de même pour les ressources naturelles, qui représentent « une part très importante de la richesse - jusqu'à 25 % - dans les pays pauvres », et dont la valeur augmente avec l'amélioration des revenus. « Cela donne à penser que le développement ne signifie pas toujours l'épuisement des ressources environnementales », notent les auteurs. Les conclusions s'imposent d'elles-mêmes : d'une part, il faut investir dans le capital humain et l'Etat de droit ; d'autre part, une politique économique efficace doit prendre en compte la gestion durable des ressources naturelles.

La deuxième partie propose un certain nombre d'outils pour évaluer la performance de chaque Etat dans ce domaine. Elle met notamment en évidence « l'épargne véritable » des pays, autrement dit le taux d'épargne total net amputé de tous les coûts liés à la pollution et à la diminution du stock de ressources naturelles.

Le dernier chapitre adresse un message aux pays fortement dépendants d'une ressource : « Il n'existe pas de mines de diamants durables, mais il y a des méthodes d'exploitation durable des diamants, qui consistent à transformer le capital sous une forme - les diamants - en une autre forme - bâtiments, machines, ou capital humain. »

En 2000, les pays riches s'engageaient à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici à 2015 et à mettre en oeuvre le développement durable. Ils ont aujourd'hui une base de travail."

François Schott, Le Monde, 24 janvier 2006