Bernard Jouve et Yann Roche, dir., Des flux et des territoires, vers un monde sans États, postface de Jacques Lévy, Presses de l’université du Québec, coll. Géographie contemporaine, 2006 ; NB On peut consulter certaines parties du livre sur le site des PUQ : www.puq.ca

 

Il s’agit d’un ouvrage collectif[1], publié sous la direction de deux géographes, traitant de problèmes liés à la mondialisation, allant de questions générales (finance internationale, IDE, altermondialisme, NTIC) à des études plus ciblées portant sur des pays ou des régions (monde arabe, Asie du Sud-Est, États-Unis, Europe de l’Est, Mexique, France et Grande-Bretagne). La typographie et la qualité des cartes sont sans reproche[2], le livre est parfaitement présenté et agréable à lire. Comme le titre l’indique, l’idée de base est d’étudier l’assaut porté à l’État par les vagues de la mondialisation et les implications territoriales que cela induit. Quel impact sur la régulation politique ? Assiste-t-on à une « transformation des États modernes dans le sens de leur évidement[3] » ? (p.  2). Les coordonnateurs ont une vue plus nuancée sur ce recul des États, ils considèrent qu’ils font preuve « d’une capacité de résilience indéniable » et qu’il s’agit plutôt avec la mondialisation « d’une recomposition des rapports de force politiques, qui ne s’expriment plus à travers des logiques de confrontation territoriale », mais à travers « la maîtrise (ou non) de flux, de population, financiers, idéologiques, technologiques et de matières premières ». La distinction de Held et alii (1999) est reprise ici entre les hypermondialistes (libéraux ou marxistes qui voient un recul de l’État, en bien ou en mal), Les sceptiques (qui considèrent que les effets de la mondialisation sont très exagérés, et que de toute façon celle-ci est bien plus ancienne qu’on ne le croit), et les réformistes ou « transformationnalistes » (qui se situent entre les deux et considèrent que les États sont affectés mais gardent des pouvoirs énormes).

 

Le premier chapitre présente un point de vue canadien sur les politiques d’immigration et d’intégration en France et en Grande-Bretagne depuis les fameuses Rivers of blood annoncées dans les années 1960 par le conservateur anglais Enoch Powell, ces politiques restent nationales, comme le montrent les différences entre les deux pays. Il s’agit d’un tour d’horizon bien informé, mais sans surprise, de ces pratiques, multicuturaliste en GB, assimilationniste en France, les deux modèles d’intégration ayant échoué selon nos auteurs (Alex MacLeod et Alexandra Ricard-Guay), face à la dramatisation croissante du problème. Un essai de théorisation est fait au début avec le concept de sécurité sociétale, c’est-à-dire « la capacité d’une société de persister dans son caractère essentiel », capacité rudement mise à l’épreuve par les flux migratoires. Selon le ministre de l’Intérieur français en 2003, Nicolas Sarkozy, cité dans le texte : « L’immigration est l’une des questions de société où la confiance de nos compatriotes dans l’État s’est le plus effondrée. […] La xénophobie et le repli identitaires sont le fruit de l’impuissance de l’État. »

 

Le deuxième chapitre traite des transformations économico-politiques de la mégapole de Mexico, au moment de la fin du pouvoir quasi-séculaire du fameux PRI (Parti révolutionnaire institutionnel, l’oxymore ayant été bien sûr l’objet de remarques sans fin) issu de la révolution de 1910. Une citation remarquable de Mario Vargas Llosa (p. 49) résume la dictature « exemplaire » camouflée derrière cette domination. Dans un style souvent inspiré, ayant recours à des références littéraires bienvenues, les auteurs décrivent « la véritable finalité proprement lampédusienne du néocorporatisme mexicain : tout changer dans les apparences pour que rien ne change dans les hiérarchies ». On peut regretter cependant certaines formules comme « les politiques néolibérales dont les conséquences sociales sont souvent désastreuses ». Si Flaubert avait vécu à notre époque, il aurait certainement rajouté une rubrique à son Dictionnaire des idées reçues : « Néolibéralisme : conséquences sociales souvent désastreuses… »  On ne s’interroge jamais en effet sur les conséquences sociales désastreuses de l’étatisme ou du socialisme dans le tiers monde, pas plus que lorsque la misère de masse est éliminée dans les pays ayant appliqué une politique libérale pendant des décennies, on n’attribue cela à ces politiques libérales justement, mais à n’importe quel autre facteur, comme la politique industrielle, le protectionnisme, la substitution d’importations, ou que sais-je encore ? De plus, le mot néolibéral, avec toute sa connotation négative, n’a guère de sens dans la mesure où les politiques libérales actuelles, et les libéraux qui vont avec, sont en réalité bien moins libéraux que les auteurs de ce courant au XIXe ou au début du XXe : à côté d’eux, les nôtres feraient figure de sociaux-libéraux. Mais qu’importe, dans le langage d’aujourd’hui, ce sont des néolibéraux

L’article est très instructif sur les pratiques clientélistes des partis mexicains, les auteurs (B. Jouve et F. De Alba), un Français et un Mexicain, décrivent par le menu les contestations qui amènent à un changement de pouvoir en 1997 dans la capitale, et à un nouveau maire, Cuauhtémoc Cardenas, changement qui préfigure le basculement de tout le pays, avec l’élection de Vicente Fox en 2000. La recherche d’une « troisième voie » par le populaire maire des années 2000, López Obrador, alliant mesures sociales et stimulants aux entreprises, celui-là même, candidat à la présidence en 2006, qui contestera longuement la victoire de son adversaire conservateur, Felipe Calderón. Les auteurs annoncent dans le livre (écrit en 2005) ce « destin national », pour le « candidat naturel de la gauche rénovée ».

Quoique très intéressant, ce chapitre n’offre pas un rapport immédiat avec la mondialisation, bien que les auteurs parlent de « modèle épuré des affres de la mondialisation ». On voit mal cependant en quoi l’absence de mondialisation aurait pu empêcher le gigantisme de la capitale ou ses problèmes permanents. Là encore le « néolibéralisme » semble le coupable tout trouvé (avec le FMI comme bouc-émissaire habituel) : « le virage néolibéral pris dans les années 1980, sous la contrainte des institutions bancaires internationales et avec le plein accord d’une nouvelle génération d’élites technocratiques mexicaines formées à l’école de J. Friedmann et F. Hayek dans les universités des États-Unis, a eu des effets dévastateurs sur le tissu social de Mexico. Pourtant, dans le même temps, des dynamiques sociales et politiques très récentes laissent entrevoir des perspectives plus réjouissantes. » Outre le fait que ce mystérieux « J. Friedmann » semble plutôt être le regretté M. Friedman, il n’est pas certain que des politiques redistributrices, avec le risque de freiner la croissance, soient forcément « réjouissantes » pour les plus pauvres. En tout cas, les électeurs mexicains paraissent en avoir décidé autrement en 2006, et la troisième voie souhaitée par les auteurs, capable de mettre fin à « la déclinaison fidèle du Protocole de Washington », a pour le moment fait long feu, en dépit d’une certaine mauvaise volonté à reconnaître les résultats d’un scrutin.

 

Les aspects financiers sont analysés dans les chapitres 3 et 4. Claude Serfati présente d’abord une étude sur la mondialisation financière,  qu’il résume par l’expression de « triomphe des rentiers », des gens qui sont dans la position de « recevoir un revenu indépendamment de toute participation au procès[4] de création de richesses ». On a affaire à une excellente description des flux financiers à travers le monde, une bonne synthèse, mais un peu faussée par une vision manichéenne sur la finance. Les idées de captation de richesses, de rentiers, de non participation productive, etc., contribuent à la vision d’un monde opposant les spéculateurs et les financiers d’un côté aux producteurs et travailleurs de l’autre. En réalité, la finance est un rouage essentiel du développement mondial, son rôle est indispensable. Présenter les pays développés comme pratiquement les seuls bénéficiaires de la finance mondiale, parce que l’essentiel des flux et des IDE circule entre eux, est assez curieux. Dans les années 1960-1970, alors que les flux de capitaux allaient de plus en plus vers le tiers monde, on présentait ça comme une menace pour le développement. S’ils y vont moins, c’est encore un danger… En fait, les flux de capitaux et les investissements entre pays développés sont plus importants tout simplement parce que ce sont justement des pays développés et des marchés énormes.

Pour Serfati, « la mondialisation financière a laissé exsangue (sic) les pays du Sud », et « les flux financiers représentent de formidables ponctions sur les richesses et le travail des peuples du Sud. Ces flux financiers ont laissé les pays du Sud exsangues, mais ils ont facilité l’enrichissement considérable de leurs classes dominantes et de leurs oligarchies ». On n’est plus ici dans l’analyse économique, mais dans des slogans style ATTAC ou autres simplifications des altermondialistes. La dette est qualifiée de « vecteur de soumission de pays et de peuples ».

La réalité est toute différente, loin de schémas du type ponction ou complot des riches contre le pauvres, les flux de capitaux allant vers le tiers monde sont un outil précieux du développement économique, que ce soit par la voie de l’endettement, la dette finançant une partie des investissements dans les pays pauvres, ou par la voie des IDE, les investissements directs, notamment des multinationales, qui constituent le moyen le plus efficace des transferts de technologies et de savoir faire, et donc du rattrapage.

L’auteur analyse l’énorme déficit courant des États-Unis, compensé par les excédents courants de l’Asie émergente et du Japon, c’est-à-dire financé par l’épargne asiatique. Mais il ne dit rien sur l’importance relative décroissante de l’endettement dans les pays du Sud, sur le fait que les grands pays d’Amérique latine ont par exemple remboursé l’essentiel de leur dette, grâce au rétablissement de leurs comptes extérieurs. Selon Serfati, les inégalités se sont accrues dans le monde, notamment en termes de PIB par habitant. Comme l’Asie et l’Amérique latine ont un taux de croissance économique largement supérieur à celui des pays développés, cette affirmation semble assez étrange. La réalité est là aussi bien différente, c’est à un rattrapage rapide de l’Asie auquel on assiste, alors que l’Afrique noire décroche. Il y a accroissement des inégalités à l’intérieur du tiers monde, mais non entre l’Asie, l’Amérique latine et le monde développé. L’affirmation de l’auteur dans sa conclusion : « Depuis deux décennies, la globalisation financière a fortement accru les asymétries internationales » est complètement démentie par le développement rapide de la Chine et de l’Inde, qui suivent des pays comme la Corée, Singapour, la Malaisie ou Taiwan. C’est au contraire à une réduction massive de la pauvreté qu’on assiste en Asie, le continent qui compte les trois quarts de la population des pays dits du Sud.

 

Le chapitre suivant, de F. Coulomb et J. Fontanel, décrit la libéralisation des mouvements de capitaux dans le monde, les classiques 3D (déréglementation, désintermédiation, décloisonnement), depuis un quart de siècle. Également les fonds de pension, les zinzins (investisseurs institutionnels), la mobilité des capitaux, la diversité des instruments financiers, les marchés dérivés, les mutual funds, hedge funds, pension funds, etc. La surprise vient ici du fait que cette mondialisation est encore assez limitée, inachevée, que la mobilité du capital était plus élevée il y a un siècle, lors de la première mondialisation, que l’essentiel des capitaux et de l’épargne reste sur place, dans le cadre national, que les réglementations sont très différentes d’un endroit à l’autre, ainsi que les taux de rendement, bref qu’on est encore loin d’une intégration internationale de la finance. Le système est instable, comme les crises financières mondiales l’ont bien montré. Celles-ci sont analysées : crise mexicaine de 1994, crise asiatique de 1997, crise russe de 1998. Les auteurs font un lien judicieux entre les nouvelles technologies et les crises financières et spéculatives, comme la railway mania en 1845 en Angleterre, ou la bulle Internet de 2000, parce que « les nouveaux secteurs sont particulièrement vulnérables aux crises financières, dans la mesure où l’évaluation de la valeur d’une entreprise est entachée d’incertitude. » Ils évoquent le risque de crise généralisée, crise systémique, du fait de l’interconnexion des marchés financiers, et les propositions de supervision prudentielle des banques. Excellent article qui ne tombe pas dans les dérives idéologiques des précédents (la taxe Tobin jette ici un de ses derniers feux), mais qui mériterait deux remarques supplémentaires : les crises accompagnent l’essor du capitalisme, ce qui est important ce n’est pas tant qu’il y ait eu une crise en 2000, avec les faillites de multiples start-up, c’est que la technologie ait été créée, et diffusée, et que nous soyons en mesure aujourd’hui, de plus en plus nombreux, à utiliser Internet et ses avantages. La technique est restée, comme les chemins de fer sont restés, en dépit des crises. Il s’agit dans les deux cas d’une sorte d’effervescence créative à la Schumpeter, et au lieu de se lamenter sur les pots cassés, on ferait bien de mettre l’accent sur les énormes progrès fournis à l’humanité. L’autre remarque est que la liberté de mouvements de capitaux présente des risques, certes, comme les crises l’ont montré, mais elle permet aussi de stimuler la croissance mondiale. Les faits sont là. Mieux vaut un système dynamique avec des risques, qu’une généralisation des contrôles de change et une croissance ralentie.

 

Les investissements directs américains en Amérique latine et au Canada font l’objet du chapitre 5, de C. Deblock et E. Jasmin. Très complète et documentée, cette analyse montre dans le détail la forte implantation des États-Unis sur le continent, avec une place dominante pour les deux voisins de l’ALENA, le Canada et le Mexique, le Brésil venant loin derrière. Cependant l’Europe reste le principal débouché des investissements US, avec plus de la moitié, 54 % en 2003, les Amériques arrivant ensuite (28 %) et finalement l’Asie, 16 %) : « la taille, le dynamisme et le pouvoir d’achat des marchés pèsent davantage dans les décisions d’investir que l’effet de proximité géographique » (p. 166). L’abondance des statistiques fournies fait de ce travail une synthèse remarquable et très utile. L’étude s’élargit à des notions très variées, comme le commerce intrafirme (qui représente environ 40 % des échanges américains), la part du déficit commercial US due aux firmes multinationales (environ un quart), ou le rôle des FMN dans l’emploi des pays hôtes (un million par exemple au Canada, 800 000 au Mexique, soit environ 5 % et 1 % dans la population active).

 

Le chapitre 6 étudie l’après-transition en Europe de l’Est, le dynamisme retrouvé avec le retour au marché, dynamisme économique que seule l’Asie dépasse. Violette Rey et Paolo Molinari, deux géographes, présentent ici cette remarquable évolution, comment les anciens pays du Comecon ont complètement réorienté leurs échanges en quelques années, au bénéfice de l’Ouest et maintenant de la Chine. Pour les IDE, il s’agit « d’un ancrage à l’UE, au profit du monde germanique et italien », pour les personnes, il s’agit d’appliquer la formule des années de plomb : « Voir le monde pour ne pas mourir idiot », grâce à la mobilité enfin possible. Les réseaux d’infrastructures se renouvellent et se modernisent, la route remplace le rail, symbolisant la souplesse de l’économie de marché face à la rigidité de l’économie planifiée. Dans le domaine des services, c’est l’explosion des magasins de luxe et des restaurants et hôtels haut de gamme qui frappe, tandis que des quartiers privilégiés, parfois protégés apparaissent, faisant renaître le faste ancien des villes d’Europe centrale (Budapest, Prague, Varsovie, Ljubljana, Riga, Bratislava, Sofia, etc.). Dans le domaine industriel, des pôles nouveaux apparaissent, comme celui au carrefour de la Bohême, de la Slovaquie, de la Hongrie et du sud de la Pologne, un petit Detroit d’Europe centrale, attirant les investissements automobiles pour bénéficier des économies d’agglomération.

En fin de compte, l’intégration de l’Europe centrale à l’économie mondiale, l’estompement rapide dans les mémoires de l’époque des démocraties populaires – qui n’étaient ni démocratiques ni populaires –, peut être vu comme un cas d’école de la puissance de la mondialisation libérale, à travers le rôle apaisant de l’Union européenne.

 

C’est pourtant cette mondialisation libérale, « instrument au service de l’impérialisme américain », qui est contestée par le mouvement altermondialiste, lequel fait l’objet de l’étude de C. Bouchard dans le chapitre 7. L’origine et les caractéristiques de ce mouvement mondial sont décrites par l’auteur, qui nous rappelle qu’il s’agit plus d’un mouvement plus de contestation que de proposition, et que la plupart des altermondialistes « ne reconnaissent pas le principe de l’indissociabilité du libéralisme politique (qui mène à la démocratie) et du libéralisme politique (qui mène au capitalisme) » (p. 201). Une coquille semble s’être malencontreusement glissée dans la formule, et sans doute faut-il lire (comme on le comprend dans la suite, p. 206 sq.), dans la deuxième partie de la proposition : « …du libéralisme économique (qui mène au capitalisme) ». Et en effet, il y a ici un point clé, les altermondialistes se situent à l’extrême gauche parce que justement ils ne croient pas que la liberté économique soit une condition de la liberté politique, autrement dit que le capitalisme de marché soit la condition (nécessaire, quoique pas suffisante) de la démocratie. L’auteur insiste bien sur ce dilemme, auquel les altermondialistes n’ont pas de réponse : il n’existe pas de démocratie ni de droits politiques, dès lors que la liberté économique est supprimée. En effet, la suppression de la liberté économique, liberté du marché, liberté de créer des entreprises, supprime un contre pouvoir essentiel en concentrant entre les mains de l’État le pouvoir économique et le pouvoir politique. On retrouve aussi recyclées dans l’altermondialisme, les vieilles thèses néomarxistes ou dépendentistes à la Samir Amin, selon lesquelles la prospérité des uns (États-Unis notamment) est la contrepartie de la stagnation et de l’appauvrissement des autres (pays du Sud). Devant le développement plus rapide d’une large partie du Sud depuis une vingtaine d’années, notamment en Asie, on est bien forcé de considérer ces thèses comme vieillottes et démenties par les faits.

D’autres aspects de l’altermondialisme sont bien analysés par l’auteur : l’humanisme, la défense de l’environnement, d’une démocratie participative, du pacifisme, la primauté du social et de l’homme sur l’économique et le marchand, la constitution décentralisée en réseaux d’organisations multiples, l’organisation de forums mondiaux, la diversité et donc la difficulté de trouver un consensus, l’usage intelligent des techniques actuelles comme Internet, la multitude des actions, la grande influence du mouvement malgré le retrait du jeu politique traditionnel. Au total, une analyse objective et bienveillante, mais soulignant les lacunes et les contradictions des altermondialistes.

 

Un autre excellent article porte sur la puissance américaine, s’agit-il d’un empire, comment a-t-il évolué depuis 2001 ? Ch.-Ph. David et J. Tourreille apportent des réponses nuancées. La première partie évalue la puissance américaine, en termes militaires et économiques, la seconde[5] traite des effets de la « révolution Bush ». Il s’agit pour cette dernière du changement d’orientation provoqué par le onze septembre, le passage de la Realpolitik à la politique néoconservatrice de guerre préventive, en dehors des contraintes internationales, pour prévenir d’autres attaques du type de celles sur le WTC et le Pentagone.

L’éternelle question de savoir si les États-Unis sont un empire ou non est discutée, avec les arguments dans un sens ou dans l’autre. Tous les grands auteurs sont présents à l’appel, de Kagan à Kaplan, de Paul Kennedy à Samuel Huntington, de Joseph Nye à Niall Ferguson, de Kissinger à Brzezinski, d’Antonio Negri à Emmanuel Todd. Parmi les faiblesses du colosse américain, les auteurs présentent bien le problème des finances déséquilibrées, notamment le déficit extérieur financé par l’épargne asiatique (analysé dans le chapitre 3 par Serfati, mais de façon moins claire) : « L’attrait des gouvernements asiatiques pour le financement de la dette américaine a pour but explicite d’éviter une appréciation de leurs monnaies par rapport au dollar de sorte que les produits asiatiques demeurent compétitifs sur le marché américain et que leur croissance économique perdure. » Autrement dit, la Chine a besoin d’une croissance forte, pour cela il lui faut exporter sur les marchés américains, enregistrer un excédent, et financer le déficit américain contrepartie de son excédent. Les consommateurs américains entretiennent ainsi en partie la croissance chinoise et tant que les États-Unis représentent un havre pour les capitaux internationaux, du fait de la stabilité de leurs institutions et le dynamisme de leur économie, le processus continuera. Pour nos auteurs, « les déficits commerciaux des États-Unis, notamment avec la Chine, ne constituent donc pas une source d’affaiblissement de leur puissance économique ».

On pourrait ajouter ici, comme le remarque Bernard Lewis[6], que les États-Unis se trouvent en butte depuis les années 1990 avec Al Qaeda à une attaque frontale contre leur civilisation. La violence de la réaction de l’administration actuelle, avec les deux guerres menées depuis 2001, n’était pas anticipée par les islamistes, qui après avoir vaincu l’URSS en Afghanistan et poussé à l’effondrement du régime soviétique, pensaient avoir encore moins de difficultés avec un Occident décadent, affaibli par une morale laxiste et une consommation facile. Les événements actuels, avec les difficultés en Irak et la contestation interne croissante de la politique de George Bush aux États-Unis mêmes, leur donneront, selon le grand orientaliste, peut-être finalement raison.

 

Ce sont ces islamistes, cette fois-ci en Asie du Sud-Est, qui font l’objet du dixième chapitre. Rémy Madinier, grand spécialiste de la région, nous offre ici une étude passionnante sur les origines de l’Islam dans cet « angle de l’Asie[7] », les conflits entre réformateurs, modernistes et modérés, d’un côté et partisans d’un rigorisme fondamentaliste et radical de l’autre. Il rappelle comment, durant la décolonisation et la guerre froide, les islamistes étaient plutôt attirés vers le monde libre et les États-Unis, par hostilité au marxisme athée de l’URSS et de la Chine maoïste. Tout change à la fin des années 1960, avec la défaite arabe face à Israël en 1967, origine d’une « amertume durable au sein du monde arabo-musulman », les islamistes radicaux voient leur influence se renforcer, les modernistes et réformistes assimilés à l’Occident de plus en plus contestés. Les monarchies conservatrices du golfe Persique, pendant ce temps, diffusent, par les capitaux, la construction de mosquées, d’écoles coraniques, etc., une version ultraconservatrice de l’islam dans la région, le salafisme ou wahhabisme, avec le but d’aider à créer une République islamique d’Asie du SE, un « État islamique nousantarien[8] », un califat d’Asie, couvrant la Malaisie, Singapour, l’Indonésie, Timor, la Papouasie occidentale et le sud des Philippines. Madinier considère cependant que seule une frange très minoritaire des musulmans de la région est convaincue par ces thèses, il rappelle aussi les hésitations et les affres des gouvernements en place, passant d’un appui à un rejet brutal des mouvements islamistes. À la suite des guerres d’Afghanistan, le mouvement islamiste s’est durci en une composante terroriste, militant pour un jihad global. C’est le célèbre groupe de la Jemaah Islamiyah, actif en Indonésie et aux Philippines, responsable de multiples attentats, dont les chefs ont été formés dans les camps de la région frontalière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Mais il reste sans prise profonde sur les sociétés de la région, qui recherchent « parfois au prix de quelques tensions, les compromis nécessaires à la multiplication des échanges économiques, culturels et religieux ».

 

Juan Luis Klein, W. Angulo et M.-P. Paquin-Boutin nous proposent ensuite une étude du « Cyberespace des Amériques » (ch. 10), à travers la question de son effet sur les inégalités du continent, du Canada à l’Argentine. Les TIC, Internet en particulier, ont-elles eu pour effet de les réduire ou de les aggraver ? La première partie sur l’aggravation des inégalités du fait d’Internet est peu convaincante, moins de deux pages qui n’étayent en rien l’affirmation. Suivent des banalités statistiques dans la deuxième section, où l’on constate que les pays les plus riches, les plus urbanisés, où les inégalités sont moins fortes, sont aussi ceux où l’accès à Internet est le plus important. Tiens… On apprend aussi que le modèle chilien est bloqué (p. 279), cette annonce viendra comme une surprise pour tous ceux qui pensaient que la voie social-démocrate, choisie par ce pays depuis la chute de la dictature, et renforcée avec Michelle Bachelet en 2006, fonctionnait assez bien. Suit une présentation très rapide des différences entre les sites web des grandes villes du continent. Les auteurs concluent sur l’idée qu’Internet ne modifie en rien « les dynamiques classiques de développement inégal qui caractérisent le capitalisme », et même « qu’il les intensifie ». Outre la grande pauvreté de l’article, qui ne démontre rien de ce qu’il affirme, on peut s’interroger sur le manque de recul temporel. On ne pourra juger de l’effet de cette technologie au niveau de la « pla.net » (p. 281) qu’après quelques décennies de diffusion, son impact n’est pas encore vraiment connu et ne peut pas l’être.

En outre, parler des dynamiques inégales du capitalisme est un contresens, un simple cliché. Le capitalisme a produit la plus grande explosion productive que l’humanité ait jamais connue (voir à cet égard les pages de Marx et Engels dans le Manifeste, véritablement visionnaires), il a produit des sociétés avec des classes moyennes dominantes à niveau de vie élevé, et continue à le faire, comme on le voit en Asie et en Amérique latine aujourd’hui. Le processus de cette révolution économique – la deuxième dans l’histoire de l’humanité après la révolution néolithique – est toujours en cours, sa diffusion à l’œuvre, et il dépasse la durée d’une vie d’homme, ce qui implique une myopie évidente des observateurs, qui ne voient que les inégalités du monde, sans comprendre qu’elles sont en transformation profonde depuis deux à trois siècles. Ce sont plutôt les régimes antérieurs au capitalisme, le mode de production asiatique, l’esclavagisme, le féodalisme, qui produisent des inégalités structurelles, avec des classes et des castes, des privilèges et des privilégiés. Le génie du capitalisme, comme Marx et Schumpeter l’ont bien vu, est de détruire ces castes et ces privilèges, d’innover et de bousculer les sociétés figées et inégales.

 

Le chapitre 11 décrit un problème intéressant, et mal connu en Europe, qui est celui des exportations d’eau du Canada, qui en détient en abondance, vers d’autres régions, notamment l’ouest des États-Unis, plus sèches et plus peuplées, qui souffrent d’un déficit chronique. Frédéric Lasserre présente bien les enjeux et les projets dans ce domaine. L’opinion publique canadienne est opposée à ces exportations vers le voisin du sud, et craint que l’Alena soit un moyen de les développer, avec un précédent tel que ces ressources seraient peu à peu considérées comme communes. Les décisions sur la gestion de l’eau relèvent des provinces au Canada, et non de l’autorité fédérale, et celles-ci sont opposées à des transferts massifs. Les facteurs environnementaux sont intervenus de façon croissante dans le débat, du fait de l’impact des infrastructures envisagées, des projets pharaoniques qu’on pouvait imaginer dans les années 1960, mais qui ne sont plus de mise aujourd’hui. Les Grands Lacs constituent un cas particulier, du fait qu’ils sont communs aux deux pays. Ici, les intérêts des huit États américains et des deux provinces canadiennes riverains sont les mêmes : ne pas favoriser des transferts d’eau vers la Californie ou d’autres États lointains et arides. On voit que la solidarité nord-américaine, aussi bien entre les pays qu’entre les États, a encore des progrès à réaliser. On voit aussi la force du fédéralisme tant au Canada qu’aux États-Unis, où les échelons régionaux ont des prérogatives inimaginables dans un pays centralisé comme la France.

 

On revient au monde arabe dans le chapitre 12, et tout naturellement à sa ressource stratégique, le pétrole. Sami Aoun présente les flux pétroliers entre ces pays, en commençant par nous rappeler les chiffres habituels sur la question : les pays arabes disposent par exemple de 62 % des réserves mondiales connues (un quart pour la seule Arabie saoudite), à un coût faible ($1 le baril contre 15 pour la mer du Nord, des forages à 650m contre 2000 aux États-Unis), ils ont une position centrale dans le monde qui facilite les acheminements, etc. Il rappelle également le rôle du pétrole dans l’histoire récente du Moyen Orient, les chocs pétroliers, les guerres, le conflit israélo-palestinien, l’expansion du wahhabisme, la montée de l’islamisme radical, le 11 septembre... L’auteur insiste sur l’importance de la culture bédouine dans le type d’islam préconisé par l’Arabie saoudite : « une idéologie conservatrice qui puise ses origines dans la vie bédouine et qui tourne résolument le dos à la modernité. … Des valeurs conservatrices reposant sur une idéologie islamique bédouinisée. … Arabes bédouins riches et Arabes citadins pauvres ». Il serait intéressant de développer ce point : en quoi le mode de vie des bédouins est-il lié au wahhabisme ? Et on peut lui opposer, à propos de « tournant résolument le dos à la modernité » qu’il ne s’agit que de la modernité des mœurs, mais pas de la modernité technique, l’Arabie saoudite n’hésitant pas à investir dans la modernisation du pays (infrastructures, communications, services, etc.). Sur le changement de stratégie des États-Unis après le onze septembre, l’auteur écrit que la nouvelle doctrine de guerre préventive a été élaborée par Paul Wolfowitz. En réalité, il n’était qu’un des artisans de cette nouvelle doctrine, en faire le seul cerveau est excessif, c’est un corps de pensée, bien plus fourni et abondant, s’inspirant de la pensée de Leo Strauss et d’Allan Bloom.

Aoun reprend aussi les vieilles théories géopolitiques de Spykman et Mackinder selon lesquelles le pivot du monde est l’Asie centrale, et qu’il faut dominer l’Asie centrale pour contrôler le monde, théories qui font le bonheur des internautes sur les blogs et les forums depuis des années, et des amateurs de complots un peu partout. Le pivot du monde se serait maintenant déplacé d’après notre auteur au Moyen Orient : « ce "pivot" est actuellement constitué d’États tampons comme l’Irak et l’Afghanistan, qu’il faut donc contrôler si l’on veut contrôler le monde ». Bien sûr… Et si les États-Unis ont fait la guerre en Europe dans les années 1940, au Vietnam dans les années 1960 et 1970 et dans les Balkans en 1995 et 1999, c’est sans doute parce que le pivot s’était déplacé temporairement… Une thèse plus simple est que les États-Unis, en tant que puissance dominante, jouent le même rôle que Rome dans les premiers siècles de notre ère : mettre en place une Pax Romana, en protégeant les routes du commerce international, et notamment celles du pétrole.

Dans la même veine, l’auteur défend l’idée que l’invasion de l’Irak a été motivée par le pétrole, la volonté américaine de contrôler la production de ce pays. La thèse des néoconservateurs selon laquelle il fallait éviter de nouvelles attaques terroristes du genre ou plus graves que celles contre le WTC, et donc tenter de s’attaquer aux causes du terrorisme, l’absence de démocratie au Moyen Orient, est évoquée (le grand Moyen Orient), mais ne paraît pas la cause déterminante pour Aoun. Cependant, le onze septembre, faut-il le rappeler, a eu lieu en 2001, les interventions en Afghanistan et en Irak ont suivi. Sans lui, ces guerres n’auraient pas eu lieu, pétrole ou pas pétrole.

Une remarque pour terminer : le titre « Les flux pétroliers dans le monde arabe » ne correspond pas au contenu, puisque l’auteur nous parle surtout – et c’est d’ailleurs plus intéressant – des enjeux géopolitiques mondiaux de la possession de pétrole pour le monde arabe.

 

Le dernier chapitre nous ramène en Asie du Sud-Est, à ses ressources naturelles et les conflits qu’elles suscitent, présentés par Yann Roche et J.-F. Gagné. Les auteurs commencent par décrire les circonstances et les facteurs qui font que ces ressources génèrent des conflits, par exemple l’existence d’États faibles ou déliquescents, car personne n’a entendu parler depuis longtemps de guerres en Europe autour du gaz des Pays-Bas ou du pétrole de la Norvège. Ils analysent ensuite les liens entre détention de ces richesses et croissance économique, qui vont plutôt comme on sait depuis l’étude du syndrome hollandais (dutch disease) dans le sens paradoxal d’un blocage dû aux effets de rente, la malédiction des matières premières. Les principales ressources naturelles de la région sont des produits primaires agricoles (bois, thé, riz, etc.) et miniers (pétrole, gaz). Si on regarde une mappemonde, on s’aperçoit que l’archipel indonésien présente un obstacle formidable à la circulation maritime entre l’Extrême Orient et l’ensemble Afrique-Moyen Orient-Europe, et que le passage obligé est le détroit de Malacca, entre la Malaisie, Singapour et Sumatra en Indonésie, qui voit effectivement circuler la moitié du trafic pétrolier mondial ! Le Japon[9] ou la Chine dépendent donc de cette voie cruciale pour leurs approvisionnements énergétiques.

Quelques exemples de conflits autour de ressources sont présentés : les disputes à propos de l’usage des eaux du Mékong dans ce qu’on appelait autrefois l’Indochine, mais aussi avec la Chine où le fleuve prend sa source ; les ressources pétrolières et halieutiques dans le sud de la mer de Chine, autour des îlots dénudés et disputés de cette région (Spratly, Paracels) ; les tentatives pour repousser les groupes ethniques de régions montagneuses qui gênent l’implantation de sites hydroélectriques, au Vietnam ou au Laos ; les velléités séparatistes de groupes possédant des richesses, comme du gaz à Aceh en Indonésie. Les auteurs concluent sur le rôle éventuel positif de l’ASEAN pour régler les conflits, avec l’espoir d’une démocratisation permettant de remplacer la violence par la négociation et la coopération entre les régions.

 

L’éminent géographe Jacques Lévy a rédigé la conclusion de l’ouvrage, en forme de synthèse. Il exprime une position modérée sur la mondialisation – défendant par exemple l’idée « qu’il n’est pas tenable de prétendre qu’elle serait une "macdonalisation" du Monde broyant les singularités de l’habiter humain entre les mâchoires de la banalisation » –, et plus sévère sur la France, « qui offre, ces dernières années, un exemple très épuré de ce effondrement d’un "modèle social" qui s’est mué en contre-modèle. Dans ce genre de crise du lien politique, la mondialisation est davantage un révélateur – parfois un bouc-émissaire – qu’une cause effective ». On peut lui reprocher une simplification sur Huntington, « qui voudrait enrôler les communautarismes dans un combat géopolitique classique, bloc contre bloc », en fait, Huntington dans son célèbre ouvrage (Le heurt des civilisations) ne veut rien du tout, il dit simplement, et on est bien forcé de le constater dans une large mesure aujourd’hui, que les conflits ne seront plus tellement entre idéologies différentes (comme au XXe siècle), mais entre cultures différentes. Rien que de très logique à cela, étant donné que le bloc du socialisme réel a disparu, hormis les cas de Cuba et la Corée du Nord, qui ne vont guère se livrer à des guerres contre le reste de la planète, et s’il n’y a plus de guerre idéologique, fascisme contre démocraties, ou socialisme contre capitalisme, il restera nécessairement des guerres opposant des civilisations.

Lévy développe ensuite un fait essentiel sur les pays du Sud, allant d’ailleurs à contre courant de certains chapitres du livre : « Ce qui aura changé depuis le dernier tiers du XXe siècle, c’est, fondamentalement, le déclenchement d’un processus de sortie du sous-développement pour au moins la moitié de l’humanité (Asie de l’Est et du Sud-Est, Chine, Inde, une partie de l’Amérique latine), soit les deux tiers de ce qu’on appelait en 1960 le tiers monde. » Et il continue sur une idée d’une importance également considérable : « L’Afrique subsaharienne et le monde arabe ont fondamentalement changé de place dans nos représentations : on y voyait les stigmates du colonialisme et l’espoir de leur effacement, on y découvre, a contrario, que l’organisation interne d’une société se révèle décisive dans les dynamiques de développement. »


 

[1] 24 auteurs ont contribué à ce livre et il faut saluer le fait que parmi eux figurent des étudiants, au nombre de 7, en doctorat ou en maîtrise, qui ont écrit un chapitre en duo avec un professeur chevronné. Cette pratique est tout à fait intéressante dans la mesure où une possibilité de collaborer à un ouvrage de prestige leur est ainsi donnée.

 

[2] Le texte a été soigneusement relu et on ne peut guère relever de fautes, signalons simplement : « corrolaire », page 15 ; une référence absente (ex. McGrew, 2006, page 17) ; « selon dans des logiques », p. 368 ; l’expression « Cône sud » désignant toute l’Amérique du Sud, page 141, alors que l’habitude est de réserver ce terme aux seuls Paraguay, Uruguay, Argentine et Chili, plus les États du Sud du Brésil (Santa Catarina, Rio Grande do Sul, Paraná).

[3] Évidement : action de vider de son contenu.

[4] Procès signifie ici processus, terme de vieux français utilisé dans les traductions de Marx, et longtemps employé par les marxistes, comme forme de jargon. On le retrouve parfois chez les non marxistes, comme coquetterie ou préciosité de langage.

[5] Le titre du chapitre est mal choisi puisqu’il reprend mot pour mot celui de la seule deuxième partie : « Les effets de la "révolution Bush" sur la puissance américaine ». Un titre comme La puissance américaine et les effets de la révolution Bush correspondrait mieux aux deux parties développées.

[6] “Was Osama Right? Islamists always believed the U.S. was weak. Recent political trends won’t change their view”, The Wall Street Journal, 16 mai 2007.

[7] L’expression Angle de l’Asie est due au grand géographe Elisée Reclus (1830-1905), curieusement orthographié « Elysée Reclus » dans le texte (p. 251) et au sociologue Paul Mus. Voir « Qu’est-ce que l’angle de l’Asie ? La vision musienne de l’Asie du Sud-Est », Rémy Madinier, colloque Paul Mus, École normale supérieure, Lyon, 7 mai 2004.

[8] « Daulah Islamiyah Nusantara », de nusantara, en malais : archipel, désigne l’ensemble malais-indonésien-polynésien.

[9] À propos du Japon, les auteurs parlent d’un pays « durement touché par la crise de 1997 », mais en réalité le Japon a été touché par une longue crise économique commençant en 1992, et il a été justement moins durement touché en 1997 que les autres économies de la région.