Ouest France, samedi 17 septembre 2005
 

 

Jacques Brasseul, professeur de sciences économiques
« Aller à la source de la mondialisation »
Le Kiosque Citoyen accueille à l'espace Ouest-France, lundi, Jacques Brasseul, professeur de sciences économiques à l'université du sud (Toulon-Var) pour une conférence consacrée à une approche de la mondialisation.



 

Quels sont, selon vous, les enjeux de la mondialisation ?

La question est de savoir si la mondialisation va se poursuivre ou, au contraire, va-t-on voir une inversion du processus comme cela est déjà arrivé dans l'histoire contemporaine, et quelles en seraient les conséquences ? Si elle se poursuit, quelle évolution est possible : des États-nations dont les pouvoirs et prérogatives reculent au profit d'une sorte de gouvernance mondiale renforcée (organismes internationaux, type ONU, FMI, OMC, plus puissants) ou bien des États-nations qui conservent leur rôle (pouvoir de contrainte au niveau interne, législations, politiques économiques, etc.), tout en acceptant l'extension du libre-échange et la liberté de circulation ? Si elle s'inverse, si le libre-échange recule pour un protectionnisme croissant, une autosuffisance accrue, un repliement économique des pays, à quoi peut-on s'attendre, comme conséquences sur les niveaux de vie, l'entente ou les conflits entre les peuples, l'évolution du nationalisme, etc. ?

Peut-elle, par exemple, aboutir à la naissance du... meilleur des mondes ?

Je ne crois pas qu'on aille rapidement vers le meilleur des mondes. Le monde est caractérisé par un amoncellement de problèmes, d'injustices, de dégâts écologiques, de conflits, de misère, et ce n'est pas prêt de s'arrêter... L'important est l'évolution sur le long terme. Dans la période de recul rapide de la mondialisation, entre 1914 et 1945, les choses ont empiré à grande vitesse : repliement, protectionnisme accru ont été accompagnés de la montée des nationalismes, de deux guerres épouvantables, d'une crise économique majeure et du plus grand génocide de l'histoire. Au contraire, dans la période de retour au libre-échange, de reprise de la mondialisation, de 1945 à maintenant, les choses ont en gros (je dis bien « en gros » car il y a eu aussi des guerres terribles et des massacres épouvantables) évolué de façon plus positive pour l'humanité : extension de la démocratie (Espagne, Portugal, Grèce, Amérique latine, Japon, Taiwan, Corée du Sud, Europe de l'Est) pas de guerre généralisée, hausse des niveaux de vie, amélioration partout des indicateurs sociaux.

Donc, pour vous, pas de compréhension du phénomène de la mondialisation sans une recherche des racines historiques lointaines de l'Homme ?

On peut comprendre la mondialisation sans remonter aux racines historiques lointaines de l'homme. En revanche, il me paraît essentiel de comprendre les origines lointaines de la mondialisation elle-même. On ne peut comprendre un phénomène qu'en remontant à sa source. Se demander quand les échanges ont commencé à se développer entre des peuples différents, quand aussi il y a eu une accélération marquée de ces échanges ? La mondialisation, c'est, à la base, des échanges accrus entre les peuples. Il me semble que ce sont les deux grandes révolutions économiques que l'humanité a connues - la révolution néolithique à l'origine des grandes civilisations et la révolution industrielle à l'origine de nos sociétés actuelles - qui permettent de situer avec précision ces phénomènes (l'essor et l'accélération des échanges). Et c'est de cela que je souhaiterais parler, de ces deux révolutions économiques et de leurs conséquences.

 

Pratique. Lundi 19, à 18 h 30, 38 rue du Pré Botté (métro République). Jacques Brasseul est l'auteur de Un monde meilleur ? paru aux éditions Armand Colin, 335 pages, 26 €.

 

Recueilli par Édouard MARET.

 

 

Ouest France, mardi 20 septembre 2005

 

 


Jacques Brasseul à l'espace Ouest-France



 

Jacques Brasseul a pratiquement fait le plein, lundi soir, à l'espace Ouest-France pour la conférence organisée par Le Kiosque Citoyen. Le professeur de sciences économiques à l'université du Sud (Toulon) a entretenu son auditoire sur le thème de la mondialisation et de l'approche nouvelle que l'on pourrait en faire. « La mondialisation est un phénomène multiforme qui concerne aussi bien les aspects économiques que culturels, techniques que financiers, touristiques que politiques, écologiques que démographiques. Il s'agit de la liberté de circulation, établie à l'échelle mondiale, pour les biens, les services, les capitaux et les hommes », affirme le professeur.