Alexis Saludjian, Pour une autre intégration sud-américaine, critiques du Mercosur néolibéral, préface de Pierre Salama, 276 p., L’Harmattan, 2006

 

Le livre d’Alexis Saludjian, publié à partir de sa thèse de 2003, traite de l’intégration économique en Amérique latine, à travers le Mercosur, et critique la vision dite du régionalisme ouvert de la Cepal[1]. Le titre ne correspond pas au contenu, car l’auteur n’aborde qu’en conclusion ses préconisations pour une autre intégration, par contre le sous-titre, Critiques du Mercosur néolibéral, est beaucoup mieux adapté. AS se situe dans la mouvance néomarxiste, altermondialiste, qui rend le néolibéralisme et la mondialisation financière en partie responsables des difficultés des pays en développement.

Il présente dans son introduction l’approche structuraliste traditionnelle, et les nouvelles orientations néostructuralistes, ainsi que les concepts de Régionalisme ouvert (RO) et de Transformation productive avec équité (TPE), c’est-à-dire la défense d’une intégration régionale permettant une croissance économique favorable au plan social.

La première partie traite du Mercosur, mais l’auteur ne fournit pas les aspects institutionnels et chronologiques, ni factuels, de cette union douanière, et il aurait pu y consacrer un chapitre ou une section, au moins un encadré, vu son sujet[2]. Le premier chapitre, sur la TPE et le Mercosur, analyse tout d’abord les éléments du nouveau structuralisme. L’échec de la stratégie d’ISI a conduit les économistes de la Cepal à accepter la nécessité d’une ouverture sur le marché mondial (influence des succès asiatiques), à utiliser les nouveaux instruments économiques (modèles économétriques) et les nouvelles théories (économie géographique, croissance endogène, nouvelles approches du commerce international), à adopter une vision réformiste de transformation productive par le marché, où l’État connaît aussi des échecs[3], mais sans abandonner les objectifs sociaux, politiques et environnementaux, notamment la réduction des inégalités, la démocratie et le développement durable. L’auteur critique avec Salama et Valier la vision de Rawls, parce qu’elle est libérale, parce que le marché y apparaît toujours comme le fondement de l’ordre social (p. 34), une position naturelle pour des marxistes, mais encore faudrait-il qu’ils aient quelque chose à proposer à la place du marché (à part la planification centralisée, facteur d’inefficacité et de tyrannie).

Les résultats de dix ans d’ouverture avec le Mercosur sont analysés dans la deuxième partie du chapitre, une baisse des droits de douane en Amérique latine, de 40 % en 1985 à 13 % en 2000 a également eu lieu, en plus prononcé, entre les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, et Venezuela depuis 2006), mais l’auteur ne donne pas de détails, à part une phrase peu compréhensible p. 43 : « les niveaux de douanes entre pays (Tarif Extérieur Commun) sont de 7 % en moyenne alors que vis-à-vis des pays tiers et avec la clause MFN, la moyenne est de 13 % ». Le TEC n’est pas le « niveaux de douanes » entre pays, mais justement le tarif vis-à-vis des pays tiers…

Toujours est-il que selon AS, le Mercosur n’a modifié que marginalement la situation pré-intégration, on avait affaire à des économies peu complémentaires, se développant « dos à dos » pendant l’ISI, et donc peu aptes à s’intégrer. Le progrès des échanges intraMercosur, au début des années 1990, est plus dû aux effets de change qu’à la dynamique interne de la zone, une croissance plus passive qu’active. C’est le taux de change fixe en Argentine qui pousse les importations depuis le Brésil. On a assisté à une « reprimarisation » de l’économie argentine (spécialisation accrue dans les produits primaires) et à une diversification et un approfondissement technologique au Brésil. L’union souffre d’une asymétrie, du fait du poids du Brésil, rappelons par exemple que le Paraguay représente 1 % du PIB brésilien. Le Brésil est peu intégré au Mercosur (10 % de son commerce contre un tiers pour l’Argentine et encore plus pour l’Uruguay et le Paraguay), il est plus tourné vers l’Alena (30 % de son commerce) et vers le reste du monde, hors Amérique (la moitié).

On peut rappeler à cet égard qu’un tel déséquilibre n’a pas empêché la réussite totale d’un processus d’intégration passé, celui du Zollverein au XIXe siècle, et l’a même au contraire facilité, la Prusse représentant un poids disproportionné comparable parmi les États allemands, et un élément moteur. De là à penser que le Brésil puisse jouer le même rôle en Amérique latine, il y a un pas, les nationalismes étant plus vivaces que dans le cas des États allemands, où au contraire un nationalisme grand-allemand transcendait.

Le deuxième chapitre traite des fondements théoriques du RO. L’auteur rappelle les théories du commerce international et celles de l’intégration, les gains dus à la spécialisation, aux économies d’échelle, à la concurrence accrue. Il présente les nouvelles théories géographiques et celles du commerce international, et parle d’un échange inégal (p. 75), à propos du fait que le commerce Brésil-Argentine avec les USA et l’UE est déséquilibré quant à son contenu (biens industriels à contenu technologique élevé). Thème présent déjà p. 35 : « l’Amérique latine a été cantonnée au rôle d’exportateur de produits primaires ». De telles remarques sont étranges dans la mesure où il est bien normal que les pays anciennement industrialisés aient une avance technologique qui se reflète dans les échanges. Voudrait-on que tous les pays du monde se développent de façon identique, homogène, simultanée ? Ce serait idéal, mais c’est nier l’histoire. La révolution industrielle est apparue à un endroit, elle s’est étendue progressivement ensuite, l’incorporation de procédés techniques plus élaborés dans les échanges est un moyen pour les pays en retard de rattraper ce retard. Il n’y a pas d’échange inégal, mais diffusion du progrès technique à travers les échanges.

 

La deuxième partie traite de la volatilité macroéconomique dans le Mercosur, c’est-à-dire de l’impact d’une croissance instable. L’auteur présente dans le ch. 3 une analyse de la croissance des pays du Mercosur sur les 40 dernières années. Le Brésil par exemple connaît une croissance forte et instable sous les militaires (miracle brésilien des années 1960-1970, basé sur la stratégie d’exportations industrielles), puis une croissance faible et encore plus instable pendant la crise de l’endettement des années 1980, et enfin un régime de croissance moyenne et stable dans les années 1990. AS parle du « miracle brésilien (1966-1980) durant l’ISI », or c’est justement l’abandon progressif de la stratégie d’ISI, pour une stratégie d’exportations industrielles[4], qui caractérise cette période. Il nous annonce un peu imprudemment une crise au Brésil (p. 109), son livre date de 2006, il a pu rédiger cela en 2005, la crise ne s’est toujours pas manifestée.

L’Argentine connaît un régime de croissance forte dans les années 1960 et 1990, de croissance faible et même négative dans les années 1970 et au début des années 2000 (grande crise argentine), et toujours instable.

Des affirmations sont contestables, ainsi page 110 : « Le Brésil grâce à une politique monétaire plus souveraine (notamment en 1999 avec la dévaluation) a évité l’ampleur de la crise que connaît l’Argentine ». D’abord, il serait plus exact de dire « qu’a connu l’Argentine », car l’Argentine a renoué avec la croissance, et une croissance forte, depuis la crise de 2001-2002 ; ensuite, il y a bien d’autres facteurs dans la crise argentine, moins présents au Brésil, comme la corruption des élites ou les blocages internes de la société, qui sont à l’origine de la crise. Une autre est faite p. 121 : « la décision de dévaluer est ainsi systématiquement critiquée dans les pays émergents » (par les organismes internationaux). Le FMI et Banque mondiale mènent au contraire souvent campagne pour des dévaluations, lorsque les taux de change sont surévalués (ex. de la Zone franc en Afrique).

Un mystère de ce livre est qu’un terme clé, qui revient çà et là, n’est nulle part défini, il s’agit du mot « démercosurisation », auquel un paragraphe est consacré p. 113-114, mais qui réalise le tour de force de ne pas dire ce que c’est… Sortie du Mercosur ? Perte des objectifs initiaux, réforme, dans quel sens ? On l’ignore. Outre que le mot est très mal choisi, laid et imprononçable, comme le note Salama dans sa préface, il aurait quand même mérité des explications claires.

Le chapitre 4 présente les analyses économétriques existantes, puis celle de l’auteur, qui montre que loin de la théorie qui voudrait que l’intégration régionale ouverte soit un facteur de croissance stable, il en va bien autrement, c’est une croissance faible et instable qui est constatée. D’où la nécessité pour l’auteur d’une plus grande coordination, monétaire et productive au sein du Mercosur.

 

La troisième partie aborde les résultats du Régionalisme ouvert en matière d’équité et d’homogénéité sociale. Le chapitre 5 décrit la détérioration des conditions de travail dans les années 1990, celles du Mercosur. Les théories orthodoxes considèrent que pour faire reculer la pauvreté et augmenter les salaires, des politiques d’ouverture sont nécessaires, car elles sont plus favorables à l’emploi que les politiques d’ISI, elles favorisent davantage les activités de main d’œuvre, et rendre le travail plus rare est la meilleure façon d’augmenter les salaires réels. La Banque mondiale préconise pour réduire la pauvreté des politiques visant d’abord à la croissance, et accessoirement un ciblage pour les plus pauvres (programmes sociaux spécifiques et limités). L’auteur n’y voit qu’une « gestion de la pauvreté », afin « qu’elle ne provoque pas trop de bouleversements dans la société ». On peut se demander ce qu’il en serait s’il n’y avait pas du tout de Banque mondiale pour faire du ciblage, et s’il fallait compter sur des gouvernements socialistes pour réduire la pauvreté de masse… Pour lui, cette approche « ne considère à aucun moment que la solution pourrait provenir d’un Travail Décent, stable et équitable permettant de dépasser la satisfaction des besoins de base. » Assurément. Tout le monde est d’accord là-dessus. Le problème est de savoir quels sont les moyens pour arriver à cet objectif.  Peut-être la croissance favorisée par des politiques libérales est-elle un moyen plus efficace que des politiques étatistes qui ont montré partout leurs effets désastreux.

Outre tous les clichés de l’altermondialisme sur la finance mondialisée, « qui tend à devenir parasitaire… dans le nouveau régime d’accumulation libéralisé… » (p. 169-170), l’auteur reprend tout au long de son livre la vieille distinction Centre/Périphérie de Raúl Prebisch. On peut rappeler que selon l’économiste argentin, la périphérie n’a pas de ressort propre, qu’elle est dépendante, qu’elle ne fait que refléter ce qui se passe au Centre, sa croissance en particulier est à la remorque du monde développé. Nul doute que non seulement l’Amérique latine, mais tout le reste du tiers monde, faisait partie de la périphérie dans l’esprit de Prebisch, l’Asie en particulier. Le problème est que lorsqu’une partie de la périphérie se met à partir toute seule, avec une croissance trois fois plus élevée pendant des décennies, la théorie commence à prendre l’eau. La locomotive qui tire les wagons, c’est une image intéressante, avec des wagons brinquebalants à la traîne. Mais si les wagons se mettent à aller plus vite que la locomotive, on se pose des questions sur leur dépendance…

De plus, cette vision présente des connotations de type complot international : comme si les pays du Centre avaient intérêt à l’échec économique au Sud et le préparaient en secret : « Le type d’intégration régional qui a été appliqué dans le Mercosur a laissé la part belle aux pays du Centre ; les pays du Mercosur devant se contenter d’une croissance instable, excluante, une grande vulnérabilité économique, sociale et politique. » (p. 230), ou plus loin : « ne pas se contenter des miettes laissées par les pays du Centre » (p. 231), qu’est-ce que ça veut dire concrètement en termes de décision économique, mystère…

Les effets du Mercosur sur le chômage, « l’informalité », sont étudiés dans la deuxième section du chapitre. Un test économétrique est mené sur l’effet de la volatilité. La volatilité macroéconomique (instabilité de la croissance) et la volatilité sociale (estimée à travers le secteur informel) varient dans le même sens. Rien de très surprenant… Les populations les plus vulnérables sont touchées par la volatilité du PIB. On s’en serait aussi douté, puisque ce sont les plus vulnérables… L’ouverture, dans le cadre du Mercosur, et les mouvements de capitaux, favoriseraient également l’insécurité sociale.

On peut rester sceptique devant certaines de ces conclusions qui relèvent plutôt de lapalissades. Et aussi sur le fait que l’ouverture aurait aggravé la situation sociale. Est-ce qu’un repliement protectionniste n’aurait pas eu des effets bien pires ?

Le dernier chapitre développe également des questions sociales, l’effet du modèle de TPE sur le travail et les salaires. On a assisté à une dégradation du Travail Décent (concept de l’OIT, précisé p. 201, indice incluant une protection sociale et un salaire minimum) et à une plus grande vulnérabilité sociale. Mais là aussi, on trouve nombre d’évidences : « Les pauvres sont vulnérables en période de crise » ; « Le travail représente la source essentielle des revenus des groupes de classe moyenne ou de bas salaires dans les régions urbaines », p. 187. On se doute qu’ils ne vivent pas des dividendes de leur capital ou des loyers de leurs immeubles… Des formulations bizarres sont rencontrées : « La pauvreté et les pauvres sont particulièrement touchés et vulnérables aux crises ». Si la pauvreté est touchée, tout va bien, mais apparemment ce n’est pas le cas, elle semble plutôt s’aggraver, avec le fait que les pauvres, eux, sont touchés…

L’auteur considère qu’il faut « garantir que les fruits de la croissance soient mieux distribués et notamment à ceux qui la créent c’est-à-dire les salariés », p. 199. Les salariés créent de la croissance, c’est entendu, mais sont-ils les seuls ? Les patrons ne créent-ils pas de richesse également, leur travail ne compte-t-il pas ?

Pour AS, « le capital humain a connu une dégradation dans les années 1980-1990 en raison de l’ouverture et de la déréglementation ». Affirmation gratuite, il a pu se dégrader pour bien d’autres raisons que l’ouverture, les crises de la période par exemple, et surtout il aurait pu se dégrader encore plus s’il n’y avait pas eu ouverture et déréglementation, s’il y avait eu par exemple fermeture et dirigisme. C’est bien parce que l’ISI, avec sa fermeture et son dirigisme, ont échoué, qu’on est  passé à des politiques plus libérales d’ouverture.

On relève encore plusieurs affirmations contestables, par exemple p. 216 : « une des conséquences de la détérioration des relations sociales (pauvreté, inégalités) est l’instabilité politique et les problèmes de légitimité ». Tout  montre au contraire que la stabilité politique, dans la démocratie, s’est renforcée en Amérique latine depuis les années 1980. Page 217 : « c’est toute la société qui est soumise à plus de violence », comme si il n’y avait pas de violence dans les années 1930, ou les années 1960, en Amérique latine… Ou non démontrée, p. 221, les effets négatifs du Mercosur sur le marché du travail (concentration, faillite de PME) l’auraient emporté sur les aspects positifs (économies d’échelle, attraction des IDE, meilleure allocation des ressources, complémentarité des structures productives).

 

La conclusion porte sur la nécessité d’une restructuration productive dans les pays de la zone. L’auteur nous présente d’abord une bonne synthèse sur les différentes approches du développement, en termes d’écoles théoriques, mais on retombe rapidement dans les approximations, ainsi p. 229 à propos du Brésil : « la pauvreté et les inégalités qui sont les plus élevées au monde ». Manifestement AS ne connaît pas les conditions de vie en Afrique subsaharienne. Il faut y avoir passé un peu de temps, avoir observé les quartiers déshérités des grandes villes ainsi que les conditions de vie rurales, pour réaliser une évidence : la pauvreté au Brésil, dans les favelas et les campagnes, est bien moindre.

Également p. 229 : « la latino-américanisation de l’Argentine (dégradation des indicateurs sociaux qui étaient au niveau des pays du Centre) a été également un des faits marquants de l’expérience de plus de dix années d’intégration régionale ouverte et financiarisée ». En réalité, c’est plutôt dans les années 1950 que l’Argentine avait un niveau de vie et des indicateurs sociaux au niveau des pays développés, et c’est justement la politique économique dirigiste et redistributrice menée ensuite par Perón qui a été à l’origine de la stagnation et de l’appauvrissement des décennies suivantes, pas l’ouverture, ou une quelconque « financiarisation », mot-clé passe partout des altermondialistes et autres néomarxistes pour stigmatiser la mondialisation.

Et p. 234, une affirmation fausse : « le nivellement par le bas des systèmes de protection sociale en Europe ». Il n’y a pas eu de nivellement par le bas, mais au contraire progrès vers le haut des systèmes sociaux dans les pays qui ont rejoint l’UE, comme l’Espagne ou le Portugal. Est-ce que les pays scandinaves ont abandonné leur système de protection sociale universelle depuis leur entrée dans l’UE ? Comment peut-on affirmer de telles contrevérités ?

Enfin des raccourcis contestables peuvent être relevés, ainsi à propos des politiques d’ouverture « délaissant pratiquement le marché interne et les populations aux mains de groupes nationaux concentrés et de firmes multinationales sans que l’État n’intervienne. » Toujours l’idée des néomarxistes de méchantes multinationales et des firmes capitalistes nationales animées d’intérêts pervers, alors que seul l’État peut protéger, développer, soulager la misère, comme si un État socialiste bureaucratique, corrompu, appliquant des politiques d’appauvrissement, n’était pas un risque encore plus grand pour une population.

L’évolution défavorable des salaires réels pendant la période du Mercosur, une dizaine d’années, est une réalité, dans une période de crise, mais elle ne peut être attribuée au Mercosur ou à l’ouverture, faute de faire l’hypothèse qu’une fermeture et une politique interventionniste aurait eu de meilleurs effets sur les salaires, ce dont on peut douter fortement. Il est bien joli de remettre en question les politiques libérales, mais si c’est pour mettre à la place des politiques interventionnistes aggravant la stagnation et la pauvreté, ce n’est pas la peine. On peut se demander pourquoi Lula n’a pas vraiment remis en cause les orientations libérales de Cardoso au Brésil, sinon précisément pour cette raison.

L’auteur termine sur quelques propositions pour un autre type d’intégration régionale. Elles n’arrivent que sur les pages de conclusion, et en fait il n’y a pas grand-chose, à part les quelques banalités résumées ci-après :

– Développer les relations avec les autres pays du Sud (Chine, Inde, Afrique du Sud).

– Mettre en place des politiques anticycliques.

– Ne pas se limiter « au profit que (sic) quelques rares secteurs exportateurs contrôlés par un nombre réduit de conglomérats nationaux ou grandes firmes multinationales ».

– Rôle de l’État pour aider les PME, écrasées par l’ouverture.

– Technologies appropriées à un développement durable.

– Projet conjoints binationaux.

– Monnaie unique, souveraineté monétaire, pour éviter les effets de dépendance vis-à-vis du dollar.

AS propose en fait un retour aux grands du structuralisme des années 1950 et 1960, même s’il maîtrise parfaitement les outils et les théories de la science économique moderne. Quelques phrases de Furtado sont ainsi citées sur l’idée que « l’intégration non planifiée amène nécessairement une aggravation des déséquilibres régionaux et une concentration géographique des revenus accrue ». Cela appelle deux remarques : l’intégration planifiée, c’est la pratique de l’intégration type COMECON, on a vu comment cela avait brillamment marché… Ensuite, on appelle ça aussi l’intégration par la production (projets planifiés en commun par les États), opposée à l’intégration par le marché (type Zollverein ou CEE), là aussi l’expérience a tranché, l’intégration par les marchés est beaucoup plus efficace, à l’opposé de ce que dit Furtado, justement pour réduire les déséquilibres (phénomènes de convergence en Europe, cf. l’Espagne et le Portugal, les pays de l’Est maintenant).

Au total, un livre assez décevant sur le Mercosur, où le parti pris idéologique et les formules toutes faites, les clichés habituels altermondialistes, prennent le pas sur le sérieux de l’analyse. Quelques passages intéressants cependant, notamment les analyses sur l’évolution des écoles de pensée du développement en Amérique latine, les analyses sur la croissance et celles sur les aspects sociaux. Les principaux défauts résident dans le flou en ce qui concerne certains thèmes comme « la démercosurisation » et la non-correspondance entre ce qui est annoncé et ce qui est traité.

 

NB Sur la forme, l’ouvrage mériterait une relecture attentive, pour éliminer un nombre élevé de fautes et coquilles. La comparaison avec les publications anglo-saxonnes, beaucoup plus soignées, est ici peu flatteuse. Les éditions L’Harmattan s’honoreraient à mieux surveiller la présentation, surtout dans un texte qui a déjà fait l’objet d’une thèse et où on peut penser que la chasse aux erreurs a été menée. Le traitement des infinitifs et des participes passés s’apparente plutôt au célèbre « Omar m’a tuer », et les accords sont du même tonneau[5], sans compter de multiples formulations bancales ou dont le style laisse à désirer. L’auteur insiste par exemple sur « la théorie du commerce internationale », comme si c’était la théorie qui est internationale et pas le commerce (p. 32, 57, 60, 90, etc.)…

 


 

[1] Commission économique pour l’Amérique latine de l’ONU.

[2] Mais peut-être a-t-il raison après tout, aujourd’hui il est aisé d’avoir tous ces détails, ici par exemple : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercosur

[3] Il n’y a pas que les market failures, mais aussi celles de l’État. À cet égard failure ne se traduit pas par faille (une fracture, une fente), comme le fait l’auteur (page 36), mais par échec.

[4] Cf. J. Brasseul, « Le développement des exportations industrielles du Brésil », Tiers Monde, 22(85), 1981, p. 141-156.

[5] Quelques exemples : « Les deux pays du Mercosur se concurrence… » p. 45 ; « les résultats a souvent servi… » p. 46 ; « l’Argentine a vu ses exportations passé de 20 % à… », p. 71 ; « les travaux réaliser par la Cepal », p. 76, « les effets peuvent être compenser », p. 125 ; « la spécialisation emploient… », p. 164 ; « La courbe de l’évolution des salaires réels moyens mensuels en Argentine amènent plusieurs remarques », p. 188 ; « les réformes ont donc faillies sur ce point », p. 205 ; « les grandes entreprises qui ont stimulées leur croissance », p. 232 ; « l’effet structurant et intégrateur que les PME auraient du joué », p. 232 ; « Les pays du Cône sud devrait… », p. 21 ; « les différentes études qui ont portées », p. 128, etc.