Histoire des faits économiques et sociaux, tome 1, De l'Antiquité à la révolution industrielle, Armand Colin, 2001, 1ère édition 1997

Quatrième de couverture : L'histoire économique a connu une évolution importante dans les dernières décennies : l'école des Annales a placé les phénomènes économiques et sociaux au premier rang des préoccupations des historiens, tandis que les économistes ont réinvesti la discipline en apportant leurs outils d'analyse : les écoles de la cliométrie, ou New Economic History, et de la nouvelle économie institutionnaliste, ou Institutionnalisme néoclassique, ont profondément modifié les approches et les interprétations sur nombre d'aspects essentiels des faits économiques du passé. C'est le cas des racines anciennes de la révolution industrielle, de ses mécanismes au 18e siècle, ou du rôle comparé de la France et de l'Angleterre dans cette grande transformation. Ce manuel vise à présenter les nouvelles analyses et leurs résultats, dans le cadre d'une histoire générale des faits économiques et sociaux dans le monde. L'accent est mis sur les transformations institutionnelles et les changements techniques qui apparaissent comme les deux sources principales du développement économique, et particulièrement du phénomène d'industrialisation rapide des années 1760. Le cadre événementiel est en même temps constamment rappelé pour permettre au lecteur de resituer l'évolution économique dans le contexte géopolitique de l'époque.

Une première partie présente l'histoire des faits économiques, telle qu'elle a été appréhendée depuis les premiers historiens et économistes, ainsi que les grandes questions qu'elle aborde de façon récurrente (croissance économique, changement technique, évolution démographique).

La deuxième partie traite des époques préindustrielles depuis la révolution néolithique, en distinguant les économies précapitalistes, dans l'Antiquité puis au Moyen Âge, et les économies mercantilistes en Europe, de la fin du 15e au début du 18e siècle.

La troisième partie étudie la révolution industrielle au 18e siècle, en Angleterre et en France, jusqu'à la fin de la période révolutionnaire, en 1815.

 

"Dédicace" Radio France :

Ce livre est la réédition corrigée du même ouvrage paru en 1997. Il couvre l'histoire économique depuis les origines de l'humanité jusqu'à la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle. Il se compose de trois parties, la première est consacrée à des généralités sur la discipline elle-même : d'une part les grands courants d'historiens et d'économistes qui ont fait l'histoire économique, l'importance de l'école quantitative, méthodique, des Annales, de la cliométrie ou New Economic History, etc. ; d'autre part les questions récurrentes en histoire économique : la croissance et ses interprétations à travers les grands auteurs (Marx, Schumpeter, Polanyi, North), la question des techniques et enfin les aspects démographiques. La deuxième partie présente les époques précapitalistes, pendant l'Antiquité (ch. 3) et le Moyen Age (ch. 4), préindustrielles et mercantilistes lors de la Renaissance (ch. 5) et la période classique (le XVIIe siècle, ch. 6). Enfin, la troisième partie, la plus importante, traite de la révolution industrielle au XVIIIe siècle et jusqu'au début du XIXe. Les interactions à l'oeuvre en Angleterre lors de cette rupture fondamentale sont présentées dans les aspects agricoles, démographiques, relatifs aux transports, puis aux échanges extérieurs (ch. 7) ; l'avènement de l'industrie moderne est analysé dans le chapitre 8, à travers les innovations techniques (flying shuttle, waterframe, power loom, fonte au coke, pompe à feu, etc.), les raisons de l'avance britannique sur le continent, et enfin les conséquences économiques et sociales de cette transformation essentielle. Le chapitre 9 présente finalement l'évolution parallèle en France au XVIIIe siècle et pendant la période révolutionnaire, jusqu'en 1815.

 

Critiques :

Alternatives économiques, n° 153, novembre 1997

Histoire des faits économiques, tome 1 : de l'Antiquité à la révolution industrielle, Jacques Brasseul, coll. U, éd. Armand Colin, 326 p.

 

Habituellement, les livres d'histoire économique privilégient largement, quand ils ne s'y cantonnent pas, la période ouverte par la révolution industrielle. Tel n'est pas le cas ici, puisque ce premier tome se clôt là où la plupart des autres commencent. Ce n'est pas seulement une façon de cultiver l'originalité : l'une des convictions de l'auteur est que l'industrialisation de l'Europe occidentale plonge loin ses racines. A l'inverse, si la révolution industrielle n'a pas pris naissance dans des pays techniquement en avance, comme la Chine, l'analyse économique doit pouvoir avancer des explications. D'où un récit qui s'efforce d'éclairer l'histoire des faits en croisant les évolutions techniques et les changements économiques.

Si les qualités de cet ouvrage s'arrêtaient là, ce serait déjà beaucoup. Mais l'auteur s'intéresse aussi à la démarche de la "nouvelle histoire économique" qui s'efforce d'expliquer les évolutions historiques à partir des concepts de l'analyse économique (par exemple, la percée de la Hollande au XVIIe siècle parce qu'elle aurait mis en place des institutions réduisant les coûts de transaction). De façon nuancée, et sans toujours trancher, Jacques Brasseul montre les limites de cette approche, confrontée à d'autres grilles de lecture. Un livre enrichissant et clair.

Denis Clerc

 

 

Note de lecture

 

L'auteur est un spécialiste de l'économie du développement et l'on retrouve cette problématique tout au long du présent ouvrage, premier tome d'une histoire des faits qui en comportera deux. La question qui l'intéresse, depuis la première révolution économique, celle du néolithique, jusqu'à la révolution industrielle du XVIIIe siècle - terme de ce premier tome - est en effet celle des facteurs du développement. Bien sûr, notre compréhension des temps lointains est encore plus difficile que celle de la période contemporaine et la question appelle des réponses multiples. J.B. a le grand mérite de restituer les débats auxquels ont donné lieu les épisodes successifs de l'histoire du développement économique de l'Occident.

Le livre est divisé en trois parties. La première présente l'histoire économique, ses méthodes et ses questions ; la seconde brosse en 120 pages les grandes lignes de l'évolution économique des origines au XVIIe siècle ; enfin le XVIIIe siècle occupe toute la troisième partie (115 pages). Le livre se clôt sur un index des noms propres et une bibliographie très complète (15 pages chaque).

L'écart manifeste entre la deuxième et la troisième partie quant aux nombre de pages par siècle pourrait laisser croire que l'auteur ne s'est intéressé vraiment qu'à la (première) révolution industrielle (les suivantes relevant du tome II). Le déséquilibre traduit plutôt le fait que les données chiffrées sont d'autant plus incertaines lorsqu'on remonte loin vers le passé. Le format de la collection et une typographie serrée permettent à l'auteur de dire beaucoup de choses en peu de pages, et les principales questions soulevées par l'histoire économique de la première période ne sont pas esquivées : par exemple les conséquences des croisades (dont la chronologie nous est d'ailleurs rappelée), ou l'impact de la traite des Noirs (nous apprenons qu'elle a commencé dès 1501) à la fois sur l'économie africaine, sur celle des colonies et sur celle de l'Europe, ou encore les effets redistributifs de la "grande inflation" (celle du XVIe siècle).

J.B. tient la gageure de mettre sans cesse l'histoire des faits avec l'histoire sociale, l'histoire politique et l'histoire des mentalités. Nul déterminisme économique chez lui, même s'il ne manque pas de signaler les thèses déterministes. Il s'emploie à montrer la complexité dans une matière où, en effet, les explications réductrices sont rarement convaincantes lorsqu'on se donne la peine de considérer l'ensemble des faits.

Cet éclectisme, bien dans l'air de notre époque, prend toute son ampleur dans la dernière partie où l'auteur peut prendre le temps de développer les nombreuses thèses en présence. Par exemple, la question de savoir si la croissance démographique au XVIIIe est une conséquence ou une cause de la croissance économique est longuement pesée pour aboutir à la conclusion que "l'essor démographique a des causes et des effets difficiles à cerner et toujours discutés" (p. 198). Ainsi le lecteur est-il invité non pas à apprendre une réponse mais à peser des arguments grâce auxquels il parviendra (peut-être !) à se forger une opinion personnelle.

J.B. fait preuve d'une étonnante érudition, il multiplie les citations pertinentes, certaines bien connues - comme l'évocation des paysans par La Bruyère - d'autres moins et l'on peut penser que de nombreux étudiants en économie trouveront dans ce livre une occasion inestimable d'améliorer leur culture générale. Les livre est écrit par ailleurs dans une langue marquée par un réel bonheur d'expression, avec un certain goût pour les métaphores marines. Ainsi, J.B. décrit-il "la nouvelle éthique hédoniste" de la fin du XVIIIe comme une "première écume qui annonce la future société de consommation" (p. 210).

Michel Herland

 

 

Vie et sciences économiques, 1997

 

Cet ouvrage peut faire l'objet d'une double lecture : une première lecture pédagogique, dans la mesure où il constitue un excellent manuel, bien informé et parfaitement synthétique, d'histoire économique, tant au regard de l'histoire proprement dite que des grands modèles de la science économique. Une seconde lecture certes encore didactique mais aussi analytique, dans la mesure où, par delà la relation classique des acquis scolaires, l'auteur s'attache, dans un esprit de recherche et d'innovation, à infirmer des idées reçues ou à poser de grandes interrogations. Ainsi apparaît-il, à cette seconde lecture et parmi bien d'autres exemples possibles, que le Moyen Âge a été bien plus riche en innovations techniques qu'on ne le pense généralement, que les croisades pourraient faire l'objet d'une analyse économique en termes d'offre et de demande, que la France a pu être un pays initiateur plutôt que suiveur de la révolution industrielle ou encore que la notion même de révolution industrielle n'est pas à l'abri de toute remise en question.

Jean-Paul Courthéoux

 

 

Revue Idees, mai 2002

 

Résumé
Présentation des principaux faits économiques et sociaux des époques préindustrielles (depuis la révolution néolithique) jusqu'à la révolution industrielle du XVIIIe siècle (plus précisément jusqu'en 1815).


Commentaire critique
Un ouvrage d'une grande richesse analytique qui ne se contente pas de décrire les principaux événements économiques et sociaux d'un passé lointain et souvent obscur. Il ne fait pas l'économie d'une analyse critique des. analyses historiques à travers les âges, depuis Hérodote. Dans un souci presque épistémologique, l'auteur montre que progressivement les historiens ont placé les phénomènes économiques et sociaux au premier rang de leurs recherches (histoire économique.) et les économistes ont intégré de plus en plus une perspective historique dans leur analyse (. ou économie historique ?). À cet égard, la New Economic History, ou cliométrie, des Fogel, North et McCloskey marque une rupture entre les historiens « littéraires » et « scientifiques » dont font partie ces auteurs. L'ouvrage s'appuie d'ailleurs sur bon nombre de leurs études empiriques.
Ces 300 pages se lisent sans difficulté et satisferont les étudiants : chaque chapitre, en effet, débute par des repères méthodologiques (présentation des « objectifs de connaissances ») et se termine par un résumé. L'ouvrage est étayé de très nombreuses citations, d'encadrés et de données statistiques bien réactualisées.
Pêle-mêle, on y trouvera une analyse économique des Croisades, les conséquences économiques de la Grande Peste (XIVe siècle), les enjeux économiques et techniques des grandes explorations initiées par Colomb. On (re)découvre le caractère absolument révolutionnaire de certaines découvertes comme les premières montres (XIe siècle) qui, subitement, introduisent régularité et ponctualité dans le travail. L'homme mesure le temps : la rationalité économique peut alors commencer.
Bien évidemment, Jacques Brasseul présente longuement les débuts de la révolution industrielle. Il fait le point sur les dernières révisions des explications historiques du phénomène : celui-ci semble un processus plus lent que prévu, et la place de l'Angleterre est relativisée. Les historiens contemporains se demandant même si la France est réellement un pays suiveur : n'a-t-elle pas, in fine, le même niveau de développement ? Les historiens n'auraient-ils pas jusqu'à aujourd'hui raisonné trop à travers le prisme de l'exemple anglais ? Les cliomètres ont, en tout cas, fortement influencé ces inflexions.
Le livre s'achève par une imposante bibliographie et un index bien développé.
 

Lionel Wastl, Professeur au lycée Jules-Ferry, à Conflans-Sainte-Honorine

 

 

 

Critique de Scarlett Beauvallet, dans Histoire, Économie et Société, 18(1), 1999

 

 

Compte rendu Jean-Charles Asselain, Région et Développement, n° 6, 1997

 

 

 

IntroDév   NPI   HFE2   HFE3   PHFE   Mnd

 

Accueil