Histoire des faits économiques, de la Grande Guerre au 11 septembre, coll. U, Armand Colin, 2003, 302 p.

Quatrième de couverture : L'histoire des faits économiques au 20e siècle est marquée par un basculement majeur à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Le monde passe alors d'une phase de recul de la mondialisation (de 1914 à 1945) caractérisée par les deux conflits planétaires et la grande dépression du capitalisme, à une reprise rapide de ce phénomène, avec l'expansion des échanges internationaux et l'interdépendance croissante des nations. Cette avancée de la mondialisation ne fait que reprendre une tendance déjà manifeste dans les dernières décennies du 19e siècle et le début du 20e, et initiée beaucoup plus tôt avec les grandes découvertes. Tout se passe comme si une parenthèse dramatique venait interrompre temporairement un processus à l'œuvre depuis les débuts du libre-échange en 1846. C'est ce phénomène, dans toute sa complexité, et les différentes hypothèses qu'il peut susciter, que ce livre entend présenter.

Table des matières

LE RECUL DE LA MONDIALISATION 1914-1950
Guerre et "prospérité"
Révolution
Dictatures
Dépression
Guerre et reconstruction
LES PROGRÈS DE LA MONDIALISATION 1950-2001
Capitalismes
Socialisme et transition
Tiers-monde(s)

 

"Dédicace" Radio France :

Ce livre achève une histoire des faits économiques allant des origines à nos jours en analysant l'évolution économique dans le monde au XXe siècle : "De la Grande Guerre au 11 septembre". L'ensemble forme une trilogie : un premier volume avait été consacré à l'histoire économique "De l'Antiquité à la révolution industrielle du XVIIIe siècle" (Armand Colin, 1997, 2001), et un second à l'industrialisation du XIXe siècle : "De la révolution industrielle à la Première Guerre mondiale" (Armand Colin, 1998). Le plan adopté dans ce troisième ouvrage s'organise autour du concept de mondialisation, une mondialisation qui recule de 1914 à 1945 (après la première mondialisation des années 1870-1914), pour progresser rapidement après 1945. Les grandes catastrophes de la première moitié du XXe siècle (guerres mondiales, hyperinflation de 1923, crise de 1929, emprise du fascisme en Europe, génocide nazi, totalitarisme stalinien en Russie) sont analysées dans leur chronologie : Guerre et "prospérité" (ch. 1), Révolution (ch. 2), Dictatures (ch. 3), Dépression (ch. 4), Guerre et reconstruction (ch. 5). La deuxième partie du livre étudie le monde de l'après-guerre, celui des Trente glorieuses, de l'expansion des échanges internationaux, de l'intégration européenne, de la crise du pétrole, des mutations du capitalisme, de la chute du socialisme réel et de la montée du tiers monde. Les chapitres s'organisent de la façon suivante : Capitalismes (ch. 6), Socialisme et transition (ch. 7), Tiers-monde(s) (ch. 8). Le fil conducteur de l'ouvrage - outre la présentation détaillée des différentes périodes du XXe siècle, notamment la crise de 29, les guerres, ou la grande croissance de l'après-guerre – tourne autour des effets défavorables du repliement économique, du protectionnisme et du nationalisme, dans la phase d'arrêt de la mondialisation, et des effets globalement favorables de l'intégration internationale des nations à travers les échanges depuis la guerre. Les progrès de la mondialisation après 1945 s'accompagnent d'une extension de la démocratie, d'avancées dans la régulation internationale (ONU, FMI, GATT, etc.) et d'une croissance forte. La production mondiale a été multipliée par douze en volume au XXe siècle, alors qu'elle avait été déjà multipliée par quatre au XIXe. Aucune autre période n'a connu une telle expansion économique : "comparée au rythme de la croissance économique du XXe, tous les autres siècles - même le précédent qui a tellement impressionné Marx - faisaient du sur place" (DeLong). La population des pays développés a atteint des niveaux de vie qui étaient inimaginables même pour les plus riches aux siècles antérieurs : "Les ménages des classes moyennes inférieures dans des pays relativement pauvres jouissent aujourd'hui de conditions de vie matérielles qui feraient d'eux l'envie des plus puissants seigneurs du passé". L'espérance de vie, résultante en partie des progrès matériels, est passée de 50 à 80 ans en Europe occidentale, et de 35 à 65 ans dans le tiers monde. La population de la planète, de 1,6 milliard en 1900, a dépassé les 6 milliards d'habitants en 2000.

Les principales transformations économiques du siècle

– Le secteur primaire, qui représentait 28 % de l'emploi en 1913 aux États-Unis, 41 % en France, 60 % au Japon et 12 % en Grande-Bretagne, est passé à moins de 6 % à la fin du siècle dans ces quatre pays. Ce secteur, qui a concentré l'essentiel de l'effort humain depuis des millénaires, un effort dur, long et quotidien, n'est donc actuellement qu'une activité marginale. La productivité et la production y ont augmenté de façon extraordinaire. D’abord les fertilisants chimiques ont permis d’accroître les rendements, ensuite les pesticides et les herbicides, de nouvelles variétés hybrides de céréales plus productives ont été introduites, permettant la révolution verte des pays du tiers monde et écartant les famines, notamment en Asie. La mécanisation a contribué à l’accroissement de la productivité, les tracteurs remplaçant les chevaux, omniprésents au début du siècle. L’agriculture industrielle s’est imposée, permettant de nourrir beaucoup plus d’hommes, mais entraînant les risques écologiques et sanitaires qui se multiplient aujourd’hui.

– Le secteur des services qui occupait dans les mêmes pays 43 % (US), 27 % (F), 22 % (Jap.) et 44 % GB) de la main d'œuvre, essentiellement dans des travaux de domestiques, en emploie maintenant de 60 % à 75 %, la plupart dans des activités plus nobles, liées notamment à l'information. Les emplois de serviteurs se sont réduits à une proportion infime grâce à la mécanisation des tâches ménagères. Les femmes se sont tournées vers d'autres activités, et l'humanité en général s'est vue investie d'un pouvoir croissant sur les objets et décroissant sur les êtres.

– L'industrie a vu sa part augmenter dans un premier temps, l'emploi industriel est devenu massif, comme la production. Il a diminué massivement dans la deuxième moitié du siècle, passant par exemple de 35 % de l’emploi total en 1950 aux Etats-Unis à 17 % en 2000 (25 % en France). Les processus automatiques, mécanisés, standardisés, ont remplacé le travail qualifié plus proche de l'artisanat. Puis, dans les dernières décennies du siècle, on a assisté au retour des travailleurs qualifiés et professionnalisés dans les usines, devenant des ouvriers en col blanc. Le savoir, la matière grise, dominent l'énergie mécanique et la force matérielle.

– La première grande vague de concentration a eu lieu entre 1885 et 1914, essentiellement aux États-Unis. Les firmes qui en sont issues vont dominer le capitalisme mondial jusqu'aux années soixante-dix. La troisième révolution technologique fait alors apparaître une multitude de nouvelles firmes qui trente ans après figurent parmi les premières mondiales (l'exemple le plus éclatant étant celui de Microsoft, créé en 1980). La deuxième vague de concentration se réalise exactement un siècle plus tard et culmine vers l’an 2000.

– Dans le domaine technique, deux révolutions sont en cours, celle des communications conduite par les ordinateurs, et celle de la vie elle-même conduite par les biotechnologies. Le progrès technique n’a jamais été aussi rapide qu’au XXe siècle, à la suite de l’interconnexion de la science et des entreprises, à travers les laboratoires de recherche des grandes firmes. De la naissance de l’électricité à la fin du XIXe siècle à la naissance des réseaux informatiques mondiaux à la fin du XXe, une avalanche de découvertes a eu lieu, dont beaucoup ont modifié les modes de vie individuels. Mais ce qui frappe encore dans une vision à long terme, c’est l’accélération du changement technique au XXe siècle. Dans le domaine de l’énergie par exemple, J.M. Roberts note : « Depuis la découverte du feu jusqu’à la maîtrise de la métallurgie, il a fallu des centaines de milliers d’années. Dix mille ans ont été nécessaires ensuite pour arriver à la machine à vapeur. Deux cents ans ont permis de passer de la machine à vapeur à la turbine produisant de l’électricité. Un demi-siècle plus tard, la turbine fonctionnait avec une énergie nucléaire. ».

Le secteur des transports est évidemment un des plus spectaculaires, car jusqu’au XIXe siècle, dans toute leur histoire, les hommes n’ont pu se déplacer « plus vite qu’un cheval au galop sur terre, plus vite que le vent pouvait les propulser sur mer » (Roberts). Mais après les grandes avancées du XIXe, c’est un saut sans précédent qui est réalisé avec les automobiles, les trains à grande vitesse, les navires rapides, et bien sûr les avions.

Dans le domaine médical aussi, une accélération sans précédent des découvertes et des progrès a caractérisé le siècle, expliquant le recul de la mortalité et l’accroissement de la durée de vie. Malgré la première vaccination (Jenner, 1798) et les découvertes de Pasteur sur le rôle des micro-organismes au XIXe, la médecine de 1900 dispose encore de peu de médicaments efficaces contre les maladies. Aujourd’hui, grâce à un effort de recherche sans précédent, il y en a des milliers.

– La société de consommation a gagné l'Amérique, puis l'Europe occidentale, le Japon et les pays émergents en Asie et en Amérique latine. Les coûts et les prix des nouvelles technologies ont baissé régulièrement, tandis que les salaires réels se sont élevés, permettant l’élargissement de la consommation : « le prix du transport ferroviaire baisse de 4 % par an de 1850 à 1900, celui de l’électricité de 7 % par an de 1890 à 1920, celui des automobiles de 11 % par an de 1900 à 1925, celui du billet d’avion de 9 % par an de 1950 à 2000 et celui des ordinateurs de 30 % par an de 1970 à 2000 » (Giget). Il y a accélération de la diffusion des technologies, le temps nécessaire pour qu’elles fassent partie du quotidien tend à diminuer : ainsi des données du PNUD montrent que la radio a mis 38 années entre son lancement et le seuil de 50 millions d’utilisateurs, le téléviseur 13 années, le micro-ordinateur 16 années et le web 4 années.

– En même temps, les communications de masse, la publicité de masse, le syndicalisme de masse, l'éducation de masse, la santé publique accessible au plus grand nombre, se sont développés, menant à une uniformisation internationale des modes de vie. Les inégalités sociales ont diminué à long terme avec la hausse générale de la consommation, grâce à la fiscalité et aux mécanismes sociaux de protection et de redistribution, même si les vingt dernières années ont vu un accroissement des inégalités dans la plupart des pays occidentaux sous l'effet de politiques plus libérales.

– La part de l'État et des dépenses publiques a augmenté partout : en 1913, ces dernières représentaient 2 % du PIB aux États-Unis, ce chiffre est passé à 33 % à la fin du siècle ; même évolution dans les autres pays : 17 à 54 % en France, 13 à 40 % en Grande-Bretagne, 8 à 37 % au Japon, 6 à 61 % en Suède, etc. L'essentiel de cet accroissement, financé par des impôts plus élevés, est allé dans les prestations sociales. Le capitalisme, qui avait accru l'insécurité au XIXe en faisant reculer les liens traditionnels à la terre, à la famille, au village, à la foi, à la communauté, tout  cela au profit du rapport salarial plus fragile, a réintroduit au XXe siècle un immense dispositif de filets de sécurité qui fait apparaître la période du capitalisme sauvage entre 1780 et 1940 comme une sorte de longue parenthèse.

– La durée de travail a baissé d'environ 2700 heures par an au début du siècle dans les pays développés, à 1400-1800 aujourd'hui. La durée des congés a augmenté – 2 à 3 semaines aux États-Unis et au Japon, 5 à 6 semaines en Europe – et leur paiement au salaire habituel est devenu général. Les activités de loisirs ont progressé en conséquence (de 2 à 3 % du PIB au début du siècle à plus de 10 % maintenant).

 

 

Critiques :

 

Alternatives économiques, n° 218, octobre 2003

 

Voilà un livre qui rendra, n'en doutons pas, de grands services. D'abord parce qu'il porte sur une période quelque peu délaissée – au moins à partir de 1945 – par les auteurs de manuels d'histoire économique, plus diserts sur la révolution industrielle ou la crise de 1930 que sur le plan Marshall ou les déboires des tiers mondes. Sur tous ces points, et sur bien d'autres (à commencer par l'effroyable bilan humain et social de la Grande Guerre), l'auteur n'est pas avare de précisions bienvenues. Elles donneront aux étudiants, aussi bien qu'à l'honnête homme, de précieux points de repère.

Ensuite, parce que, au-delà des faits, l'auteur s'efforce de résumer les grilles explicatives fournies par les analystes de l'économie. Par exemple, en ce qui concerne la grande crise, Friedman, Polanyi, Galbraith ou Kindleberger, pour ne citer qu'eux. On peut regretter que Jacques Brasseul ne l'ait pas fait plus systématiquement, pour d'autres grands sujets, comme les politiques de développement ou l'évolution du capitalisme au long de ce siècle, d'abord familial, ensuite managérial et désormais patrimonial. Mais la plume alerte d'un auteur qui a su mobiliser tant d'informations et les synthétiser en un récit aussi clair compense largement. Un livre de référence.

Denis Clerc

 

 

Revue française de Sciences politiques, Presses de Sc. po., vol. 54, 2004-2006, page 1070

Ce manuel ne propose pas une histoire économique telle qu’on l’envisage d’ordinaire par le va-et-vient entre la théorie économique et son illustration historique. La théorie économique est ici souvent écartée ou réduite à ses enjeux centraux (analyse de la dépression, des modèles productifs ou de développement), quitte à produire une analyse autour de quelques indicateurs et des institutions économiques qui ont « fait » ce siècle. J. B. s’intéresse, en effet, bien davantage à l’insertion des enjeux économiques dans la marche historique à la croissance des sociétés depuis 1914. Ainsi, la dimension chronologique se trouve renforcée, et l’on retrouve les inflexions intellectuelles qui fondent l’« économie politique ». En deux parties équilibrées autour du « recul » (1914-1950), puis des « progrès » (1950-2001) de la mondialisation, J. B. étudie le 20e siècle économique en quelques mots clefs – « prospérité », révolution, dictature, dépression, capitalisme, socialisme, tiers monde(s) – dont l’économie est une facette mise en relation avec d’autres ; il montre ainsi que cette discipline ne fonctionne pas seulement « en soi », mais qu’elle gagne à être reconfigurée historiquement.

 

 

 

Région et développement, n° 20, L'Harmattan, "La force de l'évidence", Michel Herland

 

 

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